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Rédaction WEB : JUST DEEP CONTENT

Dernière étude de l’Observatoire des Métiers de la Banque : les fonctions de la Conformité et et des Risques doivent relever de nouveaux défis : culturel, RH, nouvelles technologies. Décryptage.

 

L’Observatoire des Métiers de la Banque vient de publier une étude menée par Topics sur les métiers de la Conformité et des Risques. Nous en retraçons pour vous les principaux points.

Les métiers de la Conformité et des Risques n’ont pas connu le même parcours. Issus du monde juridique pour l’un, du monde du chiffre pour l’autre, leur évolution s’est particulièrement différenciée à partir de la crise financière de 2008 et de ses conséquences en matière d’exigence réglementaire et de multiplication des sanctions.

Après une intense période de croissance dans les métiers de la Conformité, et l’atteinte d’une stabilisation dans celui des Risques, ces deux fonctions ne présentent pas aujourd’hui les mêmes évolutions, ni les mêmes besoins.

Pour autant, elles sont soumises aux mêmes challenges : un enjeu culturel tout d’abord pour insuffler les principes et les réflexes de leur métier dans l’ensemble des secteurs de la banque, une stratégie de ressources humaines adaptée à des équipes expertes, diversifiées et en forte croissance, une intégration des nouveaux outils technologiques (Big Data, Intelligence Artificielle) indispensable à l’optimisation de leur activité.

fonction conformité, fonction risques : évolutions différentes et enjeux spécifiques

En réponse aux crises financières et aux exigences croissantes du régulateur, les métiers de la Conformité ont connu un développement conséquent ces quinze dernières années. Selon l’étude de l’Observatoire des Métiers de la Banque publiée ce mois-ci, ces filières doivent maintenant stabiliser et optimiser leurs moyens.

La même étude constate que les métiers des Risques ont suivi une trajectoire plus stable mais gardent une contrainte de gestion quantitative d’opérations qu’ils doivent optimiser.

métier de la conformité : une forte croissance à maîtriser

Suite à la crise des sub-primes de 2008 et l’avalanche de normes et de sanctions financières qui s’en suivirent, la fonction Conformité a considérablement renforcé ses moyens et ses effectifs.

L’étude précitée nous indique que ce très fort recrutement s’est opéré à 80 % en interne, dans un objectif d’intensifier la connaissance du métier et du terrain indispensable à la fonction.
L’effectif moyen des équipes Conformité est ainsi passé en l’espace de 5 ans de 2,4 % à 3,7 % de l’effectif total de la banque en 2019, rattrapant presque celui de la fonction Risques représentant 4,2 % de l’effectif à la même date.

Ce recrutement intensif s’est accompagné également d’une féminisation du métier, les femmes devenant majoritaires dans les effectifs Conformité à partir de 2016.

Parallèlement à ce développement en emplois, l’étude récemment publiée constate que la fonction Conformité, issu des fonctions juridiques, s’est profondément transformée pour devenir autonome et s’installer à part entière dans la fonction de contrôle permanent de 2ème niveau, dite encore « deuxième ligne de défense ».

Source : Etude « Evolution des Métiers de la Conformité et des Risques dans le secteur bancaire » réalisée par Topics pour l’Observatoire des Métiers de la Banque – Mars 2021

 

Selon l’enquête de l’Observatoire des Métiers de la Banque, le métier de la Conformité s’organise aujourd’hui autour de 3 pôles :

  • Pôle expertise garant des risques de non-conformité et organisé par type de risque :
    • La sécurité financière : regroupant les problématiques de LCB/FT (Lutte Contre le Blanchiment des capitaux et Financement du Terrorisme), le respect des sanctions internationales et des embargos, et la connaissance du client (KYC, Know Your Customer).
    • La déontologie, l’éthique et la conduite responsable : incluant la lutte contre la corruption, la prévention des conflits d’intérêt, et les enjeux de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).
    • Les services responsables de l’application des réglementations
    • La data protection : protection des données personnelles
    • La protection de la clientèle
    • Le respect de l’intégrité des marchés
    • La lutte contre l’évasion fiscale.
  • Pôle supervision des métiers de la banque
  • Pôle Fonctions Transverses incluant les fonctions de secrétariat général, de formation, de pilotage des projets

L’étude précitée relève qu’après des années de fort développement, les enjeux spécifiques de la fonction Conformité se situent aujourd’hui :

  • Dans le management des équipes :

    Selon la même étude, le recrutement intense de ces dernières années devrait ralentir mais il est également nécessaire de pouvoir gérer et animer au mieux ces équipes, composées de profils très variés, chacun expert dans leur domaine.

    La montée en puissance des métiers de la Conformité s’est en effet réalisée par recrutements successifs de compétences très diversifiées, nécessaires pour couvrir tous les aspects du métier et les exigences du régulateur : profils juridiques issus de la déontologie, profils métiers issus de l’opérationnel et du réseau, profils experts en data et nouvelles technologies …

    Ces profils, souvent pointus, composent aujourd’hui la fonction Conformité, chacun spécialisé dans son expertise. Il est indispensable de savoir gérer ces ressources humaines et animer ces équipes.

    Le rapport de l’Observatoire des Métiers de la Banque souligne que ce management doit s’envisager de manière nouvelle et appropriée. Le manager ne doit pas rechercher sa légitimité dans sa technicité et être un expert parmi les experts. Il doit s’attacher prioritairement à sa fonction d’animation et de développement des talents de chacun.
    Pour cela, une formation spécifique est nécessaire, ainsi qu’une bonne coordination avec le service RH (Ressources Humaines).

  • Dans le rapprochement et la communication avec le terrain : 

    L’étude menée remarque également qu’il est nécessaire à la fonction Conformité de se rapprocher du terrain, du cœur de métier, jusqu’aux techniques commerciales et aux produits. L’exhaustivité croissante des exigences de conformité demande en effet à être présent dès la conception des produits, afin de les adapter aux normes de régulation. La Conformité doit pour cela se rapprocher constamment des métiers dits « Business ».

    Or, originellement issue de la filière juridique, l’étude constate que la fonction Conformité est très localisée dans les sièges sociaux, plus éloignée en cela des métiers opérationnels et de la « première ligne de défense ».

    Cet enjeu a déjà été pris en compte dans les stratégies de recrutement avec la recherche de profils opérationnels et commerciaux.

    La même étude note que la proximité avec le terrain ressort lors des processus de traitements d’alerte. La fonction Conformité est en effet responsable des investigations dans les processus de sécurité. Elle traite alors les données dites « chaudes », en enquêtant et en analysant directement une situation jugée à risque, décrite et personnalisée.

    Selon le rapport précité, cette relation avec le terrain doit être encore intensifiée pour aboutir à une communication plus fluide, une compréhension des prérogatives mutuelles et une meilleure efficacité des activités respectives.

fonction risques : une filière plus stabilisée

Le métier des Risques correspond à une fonction historique de la banque.  Selon l’enquête de l’Observatoire des Métiers de la Banque, il s’est développé à un rythme plus mesuré ces dernières années. L’effectif est en effet resté relativement stable après une légère augmentation après les crises financières.

La même étude constate que le métier des Risques s’est également émancipé de la fonction Finances, pour devenir une filière autonome. Il intervient globalement dans six domaines :

  • Les risques de marché
  • Les risques de liquidité
  • Les risques pays ou politique
  • Les risques opérationnels
  • Les risques de crédit et de contrepartie
  • Les risques technologiques : IT (Information Technology) et cybercriminalité
  • Les risques climatiques et ESG

Historiquement plus proche du métier opérationnel, l’enquête indique qu’il est davantage réparti dans les implantations géographiques des banques, ce qui lui permet d’être en relation plus étroite avec les fonctions business et la « première ligne de défense ».

Sa particularité est de traiter d’un très grand nombre de données dites « froides », c’est à dire chiffrées et normalisées.

Selon l’étude publiée, les enjeux à venir pour le métier des Risques reposent principalement dans l’optimisation du nombre conséquent de ces traitements de données et la capacité à orienter l’activité vers des tâches à forte valeur ajoutée. Le rôle des nouvelles technologies est ici crucial comme nous allons le voir.

Les fonctions de la Conformité et des Risques ont connu des développements fort différents et doivent faire face à des contraintes spécifiques.

Pour autant, le rapport récemment publié identifie des défis communs que ces métiers doivent aujourd’hui relever.

métiers de la conformité et des risques : les défis communs

Les fonctions Conformité et Risques, malgré des parcours distincts, ont été soumises à des tendances proches et vont certainement, selon l’analyse précitée, connaître les mêmes enjeux à venir.

les évolutions similaires aux 2 métiers

Constat de l’étude, commun aux deux fonctions Conformité et Risques : elles sont devenues des métiers à part entière, dont les responsables sont souvent rattachés au plus haut niveau hiérarchique, développant autonomie et indépendance.

Les deux fonctions sont également aujourd’hui bien distinctes l’une de l’autre avec des périmètres d’intervention délimités. L’enquête constate ainsi que, même lorsqu’il est situé au sein de la filière Risque, le métier de la Conformité garde une place autonome.

L’étude rappelle que les deux métiers ont dû faire face ces dernières années à de nombreux défis communs :

  • L’entrée en vigueur des nouvelles réglementations ont concerné les deux fonctions : RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), Convention de Bâle, MIFID (Markets In Financial Instruments Directive), 4ème Directive UE 2015/849, Services de paiement DSP (Directive sur les Services de Paiement)
  • La montée en puissance de nouveaux domaines de risques : les sujets RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) mais aussi les impacts de réputation liés aux nouvelles communications par les réseaux sociaux
  • L’internationalisation : toujours aussi poussée, elle pose la question de la consolidation des données et de la maîtrise des risques.

    Sur ce point, le rapport indique que les établissements bancaires très implantés à l’international ont souvent fait le choix de l’offshoring, recrutant leurs fonctions Conformité et Risques directement dans les pays couverts. Cette internationalisation des activités Conformité et Risques soulèvent nécessairement le problème de la sécurité des données et des difficultés de communication. Pour ces raisons, certains établissements font aujourd’hui le choix d’un rapatriement de ces activités dans une zone plus proche de leur pays de base (nearshoring), voire d’une internalisation de ces plateformes.

Enfin, l’étude note que les deux métiers collaborent directement à la mise en place de certains outils comme la cartographie des risques et travaillent nécessairement ensemble sur les sujets de gestion des risques opérationnels ou de contrôle des risques de non-conformité.

un enjeu commun : insuffler la culture conformité et risques à tous les niveaux du métier bancaire

Pour l’étude menée par l’Observatoire des Métiers de la Banque, l’un des défis communs des filières Conformité et Risques est une meilleure synergie de métier avec la fonction opérationnelle dite « première ligne de défense ».

Il s’agit, selon l’analyse, de développer la culture Conformité et Risques au sein des activités « business ». Ceci suppose un travail de sensibilisation, de formation, de pédagogie, pour une meilleure acceptation et appropriation des nécessités règlementaires par les métiers de terrain.

En sens inverse, les fonctions Conformité et Risques doivent travailler à une meilleure compréhension des contraintes et des particularités des métiers opérationnels afin de devenir de véritables « business partners » les accompagnant sur le terrain.

nouveau challenge : une stratégie rh adaptée aux métiers conformité et risques

Selon l’enquête, les fonctions Conformité et Risque ne connaissent pas de difficultés d’attractivité et sont un passage valorisé dans les parcours professionnels.

Face à la forte demande pour rejoindre ces métiers, les politiques de recrutement sont devenues sélectives.

Mais le rapport relève que cette seule méthode ne suffit pas et que les deux métiers doivent aujourd’hui adapter leurs stratégies de ressources humaines. Il précise ainsi qu’il leur est nécessaire de :

  • Savoir gérer les nombreux profils disparates composant ces métiers et éviter les fractures :L’enquête a permis de constater que les deux fonctions Conformité et Risques sont composées de compétences très diverses et spécialisées :
    • Des profils issus de recrutements internes et provenant soit des métiers opérationnels et du réseau, des fonctions de juristes issus du secteur du contrôle, comme des spécialistes LCB/FT, aux profils souvent plus expérimentés et seniors.
    • Des profils externes, experts des nouvelles technologies (Big Data, Deep Learning, analyse de données) ou du RSE. Ce sont souvent de jeunes ingénieurs issus de cabinets de conseil.

Selon le rapport précité, cette composition hétérogène expose à des risques de dissociations entre profils juniors et plus seniors, mais aussi entre profils internes et externes. Ce dernier point pose la question des différences culturelles, de méthodes de travail différentes entre compétences externes et internes.

L’étude souligne qu’il est indispensable de créer un management adapté à cette situation et de le former.
Les managers doivent développer leur savoir-faire en termes d’animation d’équipe, de pratiques collaboratives, de conduite de projets. Ils doivent aussi gérer les risques de redondance d’activité et le turn-over des profils, particulièrement juniors. Ils ne sont plus attendus sur la seule maîtrise de leur expertise métier.

Des programmes de formation en leadership et en management, développés communément entre grandes écoles et établissements bancaires, sont mis en place pour cela.

Mais l’enquête précise que la réussite du management passe avant tout par :

  • la bonne collaboration entre le manager d’équipe Conformité et Risques et la direction RH.
  • l’adaptation des outils de ressources humaines et en premier lieu le niveau et les possibilités de formation aux nouveaux métiers de la Conformité et des Risques. Jusqu’en 2014, il existait peu de formations dédiées à ces métiers.

    Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Des formations spécifiques, aujourd’hui fortement reconnues, ont été créées sur l’initiative des banques et d’institution de formation. L’étude de l’Observatoire des Métiers de la Banque relève ainsi l’existence de « partenariats avec l’Ecole Polytechnique, HEC ou l’ESBanque (Ecole Supérieure de la Banque),  par exemple, très novateurs ».

    Le rapport fait également référence au répertoire des métiers. Celui-ci doit évoluer pour prendre en compte ces nouvelles fonctions. Selon l’étude, l’AFB (Association Française des Banques) et les organisations syndicales travaillent également cette année à l’adaptation des conventions collectives à l’évolution de ces métiers.

  • L’étude prévient de la nécessité d’éviter l’hyper-spécialisation, qui risque d’apparaître suite aux recrutements d’experts de plus en plus pointus, en réponse aux exigences réglementaires dont le champ ne cesse de s’élargir.

    L’enquête indique que la fonction Risques, qui a plus de recul dans la gestion de son effectif, a déjà pris conscience de cette difficulté. La fonction Conformité va devoir aussi développer des profils plus généralistes ayant une vision globale des activités.

big data, ia, deep learning : les technologies de demain pour optimiser les métiers conformité et risques

Enfin, l’étude souligne l’importance des nouvelles technologies, indispensables aux deux métiers, Conformité et Risques, pour optimiser leurs moyens.

Selon l’enquête menée :

  • L’enjeu majeure de la Conformité est de passer d’une analyse et une réaction ex-post à la suite d’une alerte à une position pro-active permettant de détecter les signaux faibles de risque et les anticiper.
  • L’enjeu pour les Risques est de gagner en efficacité dans le traitement des nombreuses données chiffrées et de se focaliser sur les tâches à valeur ajoutée.

Les nouvelles technologies (Intelligence Artificielle, Machine Learning, Deep Learning, Big Data) permettent de répondre à ces problématiques.

L’étude de l’Observatoire des Métiers de la Banque conclut sur deux challenges fondamentaux pour les fonctions Conformité et Risques :

  • intégrer techniquement ces nouvelles technologies dans leur quotidien :

    Ceci suppose de fiabiliser les données et demande à réorganiser les systèmes d’information (SI) souvent mis en place par type de risque et d’exigence du régulateur. Il s’agit alors de sortir d’une organisation en « silos » constatée par l’étude et d’harmoniser les systèmes.
    Pour les groupes internationaux, cet enjeu est d’autant plus fort qu’il est nécessaire de produire des reportings consolidés.

    Parallèlement, le rapport indique que le niveau de digitalisation doit aussi augmenter. Ceci passe par une formation spécifique au sein des fonctions Conformité et Risques et le recrutement de compétences appropriées Data et IT.

    L’enquête a relevé que des start-up aux compétences technologiques spécialisées en Conformité, dites Regtech (Regulatory Technology) proposent déjà d’externaliser une partie de la gestion data des banques.

  • mais aussi, selon le rapport, faire entrer ces nouvelles technologies dans la stratégie d’entreprise et dans le cadre réglementaire.

    L’étude constate que les autorités régulatrices, bien qu’encourageant l’usage des nouvelles technologies, restent encore prudentes sur ce sujet. Les questions de la maîtrise du risque de ces nouveaux modèles et du niveau d’autonomie que l’on doit leur laisser restent en effet ouvertes.

    Dans la pratique, les techniques d’IA (Intelligence Artificielle) restent encore minoritaires et sont pratiquées parallèlement aux méthodes traditionnelles de contrôle et de traitement des données.

    Selon l‘étude, ces nouvelles technologies pourront plus rapidement se développer dans la fonction Risques qui manie beaucoup de données chiffrées et standardisées.

    Pour la Conformité, l’adaptation est plus délicate car les situations analysées correspondent à des données davantage personnalisées.

    Pour les deux métiers, la question reste néanmoins fondamentale.

    L’enquête a révélé que les méthodes actuelles de contrôle sont en effet très chronophages. Le nombre très conséquent d’alertes à traiter aboutit très souvent à des cas dits « faux positifs », à plus de 99 % selon l’étude précitée de l’Observatoire des Métiers de la Banque

    Certains établissements, qui développent parallèlement l’IA dans la production d’alertes, commencent, selon l’étude, à avoir des résultats concluants : le nombre d’alertes déclenchées ne décroit pas avec ces méthodes technologiques mais sont mieux ciblées et aboutissent à environ 60 % de cas qualifiables de « vrais positifs ».

 

Le rapport souligne que ces expériences, transmises au régulateur, permettront de faire avancer l’usage des nouvelles technologies et les positions bancaires et réglementaires à ce sujet.

De manière générale, après le développement des normes et des sanctions d’après crise, l’étude constate que les relations entre les banques et les régulateurs entrent aujourd’hui dans une période plus ouverte et propice à la construction commune de fonctions Conformité et contrôle des Risques efficaces.

Auteur

Anne Brouard 

Anne Brouard est Intervenante-formatrice pour l’ESBanque

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